Notre plaidoyer : Changer de cap sur les migrations

Le 18 décembre 2015, à l’occasion d’un évènement organisé au Palais de la Porte Dorée – Musée national de l’histoire de l’immigration dans le cadre de la journée mondiale des migrant-es, l’O.C.U a présenté publiquement son document de plaidoyer pour « changer de cap sur les migrations » qui présente à la fois son point de vue sur la situation actuelle concernant les migrations et ses propositions pour faire évoluer les politiques migratoires.

A cette occasion Nan Suel, co-présidente de l’association Terre d’Errance, Bertrand Badie, politique spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences-Po ainsi que Rhaouda Gharbi, représentante de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (Prix Nobel de la Paix 2015), ont tous trois reçu un Passeport de Citoyenneté, symbole de leur lutte à nos côtés. Pour les leur remettre, nous avons eu l’honneur d’accueillir deux de nos parrains/marraines, Christiane Hessel et Guy Bedos.

Et comme l’a dit Jean Rousseau, président de l’O.C.U, à la tribune vendredi : « oui, vraiment, changeons de cap sur les migrations ! »






Tribune de Jean Rousseau à l'occasion de la journée mondiale des migrant-es 2015

Changeons de cap sur les migrations
18 décembre 2015 - Journée Internationale des Migrants
Musée national de l’histoire de l’immigration

En cette fin d’année 2015, la Journée Internationale des Migrants revêt une importance tout à fait particulière, en raison d’un contexte international extrêmement préoccupant pour tous ceux qui sont contraints à la mobilité forcée.

C’est non seulement en raison d’une guerre sans nom et sans issue, au Moyen-Orient, que des centaines de milliers de personnes ont été amenées à fuir en masse, alors même que les déplacés se comptent par millions dans cette région du monde depuis de très long mois. N’oublions pas, surtout, qu’en Syrie ce sont des crimes contre l’humanité qui sont perpétrés depuis des années et sur lesquels le voile du silence se lève à peine. Les autres régions du monde ne sont pas épargnées, notamment en Afrique : la terreur, les dictatures, la corruption et la misère y prospèrent dans l’indifférence et avec la complicité de nos gouvernements. La grand-messe de l’environnement, achevée il y a une semaine, n’a pas même pris en considération la situation des déplacés environnementaux, alors qu’en 2015 de nouvelles catastrophes ont assombri le quotidien précaire des plus pauvres parmi les pauvres.

Face à cette aggravation sans précédent, ce ne sont, sauf exception, qu’atermoiements pour prendre la mesure de la situation et renoncements dans la recherche des solutions. Quand un accord est enfin possible entre les Etats, c’est pour minimiser le phénomène, apporter des réponses dans le désordre : l’égoïsme des uns et des autres fait que ces réponses ne sont nullement à la hauteur ou bien cherchent à déplacer le problème ou le faire porter par ceux qui sont déjà accablés ou peu recommandables. La plupart du temps, et en dépit de la démonstration incontestable de leur inefficacité les politiques mises en place sont celles du repli sur soi, alors même que la seule attitude possible et responsable est pourtant d’offrir l’asile, l’hospitalité, le réconfort. L’Europe, ces jours-ci, cherchant à préserver du bout des lèvres son espace de libre circulation, va rechercher une nouvelle fois la solution dans des mesures de contrôle et de sécurité illusoires et sans doute encore nous donner le triste témoignage d’une nouvelle étape d’abandon de ses valeurs fondatrices.

C’est donc une forme d’inconscience et de déni absolus qui domine dans la sphère politique. C’est aussi pour les citoyens ordinaires, dans nombre de pays, une espèce d’anesthésie qui progresse, mêlée de peurs, le tout alimenté par l’aveuglement et le populisme de leurs dirigeants. Les manifestations de solidarité, de révolte sont toujours là, l’espérance aussi. C’est avec ce regard différent et à contre-courant qu’il faut comprendre le travail de l’O.C.U. et aujourd’hui la publication de son plaidoyer. Regarder vers l’avenir, enfin !, c’est donc aider à prendre conscience et en vérité du phénomène migratoire, de sa dimension, qui est encore devant nous, et des impasses dans lesquelles nous persistons actuellement. C’est ensuite accepter de quitter les approches erronées et les solutions qui ont échoué et de réfléchir dans plusieurs directions :

  • Faire respecter le droit existant, asile et libre circulation
  • Reprendre les accords internationaux à la lumière des évolutions actuelles en termes de mobilité et bien-sûr prévoir l’avenir
  • S’appuyer sur ceux qui cherchent et mettent déjà en place des solutions d’accueil et d’intégration sur les territoires
  • Mener le nécessaire travail de lutte contre les préjugés et la peur qui s’installent et nous font courir les périls les plus graves pour la démocratie et le vivre ensemble sur la planète, associer les migrants à ce travail de refondation, car ce sont eux les premiers concernés.

Vous l’avez compris, c’est cette dernière tâche que nous menons en cette journée du 18 décembre ! Dans l’année qui vient, nous prendrons des initiatives pour élargir notre cercle de travail et de conviction avec vous tous ici présents. Oui, vraiment et de façon décidée, changeons de cap sur les migrations !

Jean Rousseau
- Président de l’Organisation pour une Citoyenneté Universelle